Los pies desnudos de Siracusa.pdf


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El paréntesis se mueve. Eso es la historia, la historia es un niño también.
Entristece tanto como saber que un niño ha muerto muy joven. Todos los paréntesis
se mueven. O bien todos los paréntesis deberían moverse. O bien sólo algunos.
Hay árboles muy bellos. Algunas personas adultas se amaron con tanta fuerza que
cuando uno va a verlos se queda horas sobre las ramas. Todas las historias que
uno vive son secretas, no importa lo que digan. Son secretas porque el niño que
ellas son no tiene nombre.
Se cree que las ciudades se resquebrajan a fuerza de inscribir los nombres de
los amantes sobre los muros. Todas las ciudades han sido seres amados. Muchachas.
Alejandría, Constantina, Siracusa y Messina. Inscribir un nombre sobre un muro es
saltar por encima de la plegaria. El nombre del ser amado es el nombre del ser
amado. Su imagen es como Messina con las piernas al descubierto, con los senos
cautivos ya del terremoto. Lo que se resquebraja en un nombre es el amor.
Piso la arena con los pies, Julien. Ya no queda mucho del esmalte rojo; nada,
en realidad. Ya no veo tu cabeza sino este color rojo descascarado, pedazos de
nuestras manos que escriben con el corazón las barcas de los ilegales en que
las palabras intocadas dejan tras de sí las líneas que ni tú ni yo sabíamos, ni
el filo, ni la errancia, ni la transparencia, ni la duración. Hoy Siracusa tiene
los pies quemados por el sol. La bruma está ahí como una noche nevada por la
primavera en que haré aparecer mi cabeza en un cuadro de Chagall. Cada palabra
que me has escrito, Siracusa la levanta, se la arranca al mar. A sus pies el
mar aún está atrapado, como esa mujer a la que le robaste los labios cuando no
le escribiste ninguna palabra de amor sino amor hasta en la palma de las manos
surcada en la ciudad que se convirtió en el olivo al pie del mar.

La parenthèse bouge. L’histoire, c’est cela, c’est aussi un enfant. Ça attriste
comme de savoir qu’un enfant est mort très jeune. Toutes les parenthèses bougent.
Ou bien toutes les parenthèses devraient bouger. Ou bien certaines. Il y a de très
beaux arbres. Certaines grandes personnes se sont aimées si fort que lorsqu’on va
les voir on reste des heures sur les branches. Toutes les histoires qu’on vit sont
secrètes, quoi qu’on en dise. Elles sont secrètes parce que l’enfant qu’elles sont
n’a pas de nom.
On croit qu’on fêle les villes à force d’inscrire les noms des amants sur les murs.
Toutes les villes ont été des êtres aimées. Des filles. Alexandrie, Constantine,
Syracuse et Messine. Inscrire un nom sur un mur c’est sauter par dessus la prière.
Le nom de l’être aimé c’est le nom de l’être aimé. Son image est comme Messine aux
jambes découvertes, aux seins déjà captifs du tremblement de terre. C’est l’amour
qui se fêle dans un nom.
Je foule le sable avec mes pieds Julien. Il ne reste plus grand chose du vernis
à ongle rouge, plus rien même. Je ne vois plus ta tête mais cette couleur
rouge écaillée, des bris de nos mains qui écrivent avec le cœur les barques de
clandestins dans lesquelles les mots non touchés laissent derrière eux les lignes
dont ni toi ni moi ne savions rien, ni la lame, ni l’errance, ni la transparence,
ni la durée. Syracuse a les pieds brûlés par le soleil aujourd’hui. La brume
est là comme une nuit enneigée par le printemps où je sortirai ma tête dans un
tableau de Chagall. Chaque mot que tu m’as écrit, Syracuse les lève, les arrache
à la mer. A ses pieds la mer est encore accrochée, comme cette femme dont tu as
volées les lèvres en lui écrivant aucun mots d’amour mais de l’amour jusqu’en la
paume de ses mains creusée dans la ville devenue l’olivier au pied de la mer.
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